Mac Intosh-Ngidi

Mondiaux-2007/slalom – Ngidi-McIntosh, un bateau très haut en couleurs (MAGAZINE)
20 septembre 2007
© 2007 AFP
Même s’ils s’en défendent modestement, le canoë biplace des Sud-Africains Cyprian Ngidi et Cameron McIntosh, le seul du Continent noir engagé aux Mondiaux-2007 de slalom actuellement au Brésil, est porteur de nombreux symboles.
Cyprian est Noir, Cameron est Blanc. Dans un pays encore marqué par les inégalités raciales malgré la fin de l’apartheid, ce simple constat et leur collaboration sur l’eau sont forcément remarquables.
“Pour nous, il n’y a rien de plus naturel. J’ai conscience que ça peut paraître cool aux yeux de certains mais cela ne fait aucune différence pour moi”, explique Cameron McIntosh, médecin de son état.
“La plupart des gens sont heureux qu’on navigue dans le même bateau, de voir deux cultures différentes pagayer ensemble. C’est vrai que les Noirs sont parfois surpris par la présence d’un des leurs dans un canoë, ils n’ont pas l’habitude”, enchaîne Cyprian Ngidi.
Les deux jeunes hommes vivent et s’entraînent à Bethlehem, au centre de l’Afrique du sud. Avec plus de dix ans de pratique en eaux vives, Cameron est le plus expérimenté. Il s’est essayé au double il y a quatre ans, contre seulement une année pour son équipier.
“Mixité”
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Leur but à court terme: les jeux Olympiques de Pékin, bien sûr. Mais à plus long terme, ils espèrent développer la pratique à haut niveau du slalom en Afrique du sud, grâce à un projet initié il y a quatre ans par Cameron autour d’un groupe de pagayeurs noirs.
“Pour cela, nous avons besoin de trois choses: un nouveau bassin -la municipalité de Bethlehem nous soutient dans ce projet-, un entraîneur à plein temps et bien sûr de l’argent”, énumère Cameron, qui rêve de voir une médaille internationale au cou d’un pagayeur africain, “pourquoi pas d’ici 2020 ou 2030″.
Le Français Jean-Jérôme Perrin, qui entraîne Cameron et Cyprian depuis dix-huit mois, s’est associé à ces plans.
“J’ai accepté de venir en Afrique du sud à condition de faire du développement au sein des populations noires. Il ne faut pas que le slalom ne soit qu’un sport de Blanc. On est en train de le développer dans le ghetto noir de Bethlehem. Une cinquantaine de gamins pratiquent presque tous les jours”, raconte celui-ci.
“Sans faire d’angélisme -c’est vrai qu’il existe une réel écart économique entre la majorité noire et les Blancs-, je pense qu’on peut avoir une dynamique sociale par le sport. C’est un bon facteur de mixité car quelques Blancs viennent aussi s’entraîner avec les Noirs. L’idée est que la population noire s’identifie au slalom”, poursuit-il.
“Amadonsa, donsa !”
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Tandis que Cameron est au chevet de ses patients, Cyprian s’occupe lui de familiariser des petits Sud-Africains avec les pagaies dans les eaux du Bohlokong, qui coule au coeur des townships. Pour leur propre entraînement, ils bénéficient d’un site de qualité sur l’Ash River (littéralement le fleuve cendré), à une quinzaine de kilomètres de Bethlehem.
Au-delà du symbole racial, leur expérience a une réelle valeur pédagogique, elle est source de motivation pour les jeunes Noirs défavorisés.
“Les enfants nous voient partir à l’étranger, ils se rendent compte que le canoë représente une opportunité de voyager, de découvrir le monde”, souligne Cyprian.
Cameron est d’autant plus +crédible+ auprès de ses jeunes élèves qu’il a la chance de parler couramment zoulou. Un peu à la manière d’un Johnny Clegg en eaux vives, il a été surnommé le +Mluntu+, amusant mélange des mots +Mlungu+ (Blanc) et +Muntu+ (Noir).
Pour la petite histoire, le duo sud-africain a gagné sa place pour les demi-finales des Mondiaux en terminant à la trentième et… dernière place qualificative. A croire que leur slogan, “Amadonsa, donsa !” (Allez, allez !), a été appliqué au pied de la lettre.